Depuis plus d’une décennie, un nombre croissant de banques centrales augmentent régulièrement leurs réserves d’or plutôt que de les maintenir stables ou de les réduire, marquant une rupture nette avec le schéma des décennies précédentes. Ce basculement ne s’est pas produit du jour au lendemain, et il reflète la combinaison de tendances financières de longue date et d’évolutions géopolitiques plus récentes.
Se diversifier hors d’un monde dominé par le dollar
Pendant une grande partie de la période d’après-guerre, les réserves des banques centrales étaient fortement concentrées en dollars américains et en actifs libellés en dollars, comme les bons du Trésor. Cette concentration avait du sens tant que la domination du dollar dans le commerce et la finance mondiale restait largement incontestée. Avec le temps, cependant, de nombreux pays, en particulier des économies émergentes, ont cherché à réduire cette concentration, répartissant leurs réserves sur un éventail plus large de devises et d’actifs. L’or a naturellement profité de cette dynamique de diversification, puisqu’il n’est lié à la devise ni à la politique budgétaire d’aucun pays en particulier.
Le risque de sanctions et la recherche d’un actif neutre
Un tournant majeur dans la manière dont certaines banques centrales envisagent la sécurité de leurs réserves est survenu lorsque les réserves détenues à l’étranger par une grande économie ont été gelées dans le cadre de sanctions internationales. Cet épisode a rappelé de façon frappante que les réserves en devises étrangères détenues dans le système financier d’un autre pays restent soumises aux décisions juridiques et politiques de ce pays. L’or, en particulier lorsqu’il est conservé sur le territoire national, n’est pas exposé de la même manière. Depuis, plusieurs banques centrales, en particulier celles qui redoutent un risque géopolitique similaire, ont accordé une priorité plus grande aux actifs qui ne peuvent pas être gelés ou saisis depuis l’étranger.
Une protection contre l’inflation et la volatilité monétaire
Les périodes d’inflation élevée et de taux de change instables ont également renforcé l’attrait de l’or comme actif de réserve. Contrairement aux avoirs en devises, l’or ne perd pas son pouvoir d’achat simplement parce que la politique monétaire d’un pays s’assouplit ou que sa monnaie se déprécie. Pour les banques centrales d’économies ayant connu une instabilité monétaire par le passé, cette stabilité a fait de l’or un élément de plus en plus important de la planification de réserves à long terme, plutôt qu’une simple couverture défensive.
Une base d’acheteurs de plus en plus large
Ce qui distingue la tendance récente des périodes antérieures d’achat d’or par les banques centrales, c’est son caractère désormais très large. Elle ne se limite plus à une poignée de pays : des banques centrales de pays émergents en Asie, en Europe de l’Est et au Moyen-Orient figurent toutes parmi les acheteurs actifs, y compris des institutions du Golfe comme celles d’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Cette ampleur suggère que ce basculement reflète une remise en question largement partagée de la stratégie de réserves, plutôt que la décision isolée d’un ou deux pays.
Une tendance appelée à durer
Parce que les motivations sous-jacentes, à savoir la diversification, la gestion du risque de sanctions et la protection contre l’inflation, sont structurelles plutôt que temporaires, de nombreux observateurs du marché s’attendent à ce que les achats d’or du secteur officiel restent une caractéristique durable du marché plutôt qu’une phase passagère.
Points clés à retenir :
- Les banques centrales se sont éloignées de portefeuilles de réserves fortement concentrés en dollars pour privilégier une plus grande diversification.
- Les craintes liées aux sanctions et au gel d’actifs ont renforcé l’attrait de l’or comme actif de réserve neutre.
- La résistance de l’or à l’inflation et à la dévaluation monétaire soutient son rôle croissant dans les réserves.
- Cette tendance d’achat concerne un large éventail de pays, y compris les banques centrales du Golfe, et non quelques cas isolés.
La hausse des achats d’or par les banques centrales traduit une véritable évolution de la manière dont les autorités monétaires envisagent la sécurité des réserves dans un monde de plus en plus multipolaire et imprévisible. Plutôt qu’une réaction temporaire à un seul événement, elle représente une réévaluation de ce qui rend un actif de réserve digne de confiance sur le long terme.